Kery James et Wally B. Seck causent de « La France »
Kery James, le mélancolique, traverse depuis plusieurs mois une période particulièrement dense. L’artiste clôt son triptyque social avec la sortie du film Banlieusards 3, ultime chapitre d’une fresque familiale qui évoque, à sa manière, les...
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Kery James, le mélancolique, traverse depuis plusieurs mois une période particulièrement dense. L’artiste clôt son triptyque social avec la sortie du film Banlieusards 3, ultime chapitre d’une fresque familiale qui évoque, à sa manière, les Frères Karamazov des quartiers français. Dans le même mouvement, le rappeur dévoile un nouveau single en collaboration avec Wally B. Seck, intitulé « La France », extrait de son dernier projet R.A.P.
« Résistance, amour et poésie » — la signification de l’acronyme — constitue paradoxalement l’un des albums les moins strictement « rap » de sa discographie. Bien sûr, les revendications demeurent intactes et le rap irrigue encore la majorité des morceaux. Mais le « poète noir » élargit ici sensiblement sa palette musicale : il s’aventure du côté du kompa dans « Jacmel », flirte avec la chanson française aux côtés de Camille Lellouche, et s’ouvre à des sonorités afro, comme il le fait déjà sur « La France », enregistré avec le chanteur sénégalais Wally B. Seck.
Il y a trois mois, le rappeur originaire de Vitry-sur-Seine était l’invité de Mehdi Maïzi. Au cours de cette émission, il confiait que R.A.P pourrait bien constituer son ultime projet discographique. Une déclaration qui n’est pas sans rappeler ses précédentes annonces de retrait, notamment dans « Lettre à mon public ». Comme il le reconnaît lui-même, il se connaît trop bien pour se montrer catégorique. Mais une chose est certaine : Kery James écoute aujourd’hui beaucoup moins de rap qu’auparavant, et son regard sur la scène actuelle s’est considérablement durci. Celui qui affirmait déjà en 2018 que « le rap a changé » n’hésite plus à égratigner ses contemporains avec des punchlines acerbes, comme lorsqu’il lâche : « C’est plus des rappeurs, c’est des chanteuses. »
Dans ce contexte, le morceau « La France », enregistré avec Wally B. Seck, résonne comme un écho à une autre collaboration marquante : celle réalisée avec Salif Keita sur « Et si c’était à refaire ». Cet album avait marqué un tournant majeur dans sa trajectoire artistique, symbolisant sa conversion au rap conscient et la naissance de la figure du « poète noir » engagé.
Kery James et Wally B. Seck causent de « La France »
La composition instrumentale du morceau est signée par Freaky Joe et Sokhan. Freaky Joe s’est imposé au fil des années comme l’un des producteurs majeurs de la scène française. On lui doit notamment des collaborations avec SCH et Dinos sur le titre « Marginaux », ou encore avec SDM sur « 92i ». Sokhan, quant à lui, avait déjà croisé la route de Kery James en participant à la composition du titre « Le Poète noir ».
Musicalement, le morceau s’inscrit dans une esthétique largement influencée par les sonorités afro. Une orientation qui n’a rien d’inédit dans la trajectoire de Kery James. Depuis sa conversion au rap conscient — et plus encore depuis « Si c’était à refaire » — les rythmiques africaines irriguent régulièrement l’univers sonore de l’artiste.
Dans ce titre, le rappeur, souvent critique envers son pays d’adoption, semble faire écho aux thèses de Malcolm X et à celles de certains penseurs afro-diasporiques qui évoquent l’idée d’un « retour sur le continent africain ». À travers ses vers, il interroge l’illusion du rêve français et évoque avec lucidité l’échec de certaines trajectoires migratoires, ainsi que l’effritement de l’imaginaire d’eldorado qui a longtemps entouré la France.
Traverser la mer au péril de ta vie
Puis mourir dans un désert d’indifférence à Paris
La France nous a vendu du rêve
Mais on ne le touche jamais
Ou encore :
La France nie les valeurs qu’elle exhibe
Dans l’obscurité d’un village, toi, tu rêves d’ailleurs
Mais l’électricité n’éclaire pas les cœurs
Wally B. Seck interprète le deuxième couplet en wolof, apportant au morceau une dimension transnationale qui renforce son propos. L’ensemble sonne comme un véritable brûlot politique. À l’heure où le patriotisme s’exacerbe, où les poussées nationalistes agitent le débat public et où les drapeaux bleu, blanc et rouge deviennent des marqueurs idéologiques, Kery James rappelle, avec la gravité qu’on lui connaît, la réalité souvent désenchantée de certaines histoires migratoires.