Factures d’électricité : cette polémique impliquant la France et le Royaume-Uni secoue le marché de l’énergie et suscite de nombreuses réactions
L’idée fait bondir de l’autre côté de la Manche : des factures d’électricité des Français subventionnées par les Britanniques. C’est le scénario dénoncé dans un article du quotidien conservateur The Telegraph, qui affirme qu’une partie de l’électricité...
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L’idée fait bondir de l’autre côté de la Manche : des factures d’électricité des Français subventionnées par les Britanniques. C’est le scénario dénoncé dans un article du quotidien conservateur The Telegraph, qui affirme qu’une partie de l’électricité consommée en France serait financée, en amont, par les ménages du Royaume-Uni via leurs factures. L’affaire secoue le marché de l’énergie britannique et nourrit un débat très politique. Derrière la formule choc, la mécanique est réelle mais plus subtile. Elle repose sur le soutien public à l’éolien offshore écossais, les faiblesses du réseau électrique britannique et le jeu des interconnexions avec la France. Résultat : certains jours, Londres exporte vers l’Hexagone de l’électricité éolienne bon marché, subventionnée par les Britanniques, tout en faisant tourner des centrales à gaz pour alimenter ses propres foyers.
Comment une aide à l’éolien britannique profite parfois aux Français
La polémique a pris de l’ampleur après l’audition d’Octopus Energy, principal fournisseur d’électricité du pays, devant la Chambre des Lords. Jack Pardoe y a décrit un système où les consommateurs britanniques paient plus cher pour exporter l’électricité écossaise vers la France, tout en finançant des centrales à gaz ailleurs au Royaume-Uni pour répondre à la demande locale. Octopus chiffre ce dysfonctionnement potentiel jusqu’à 16 milliards de livres entre 2030 et 2050, comme le souligne BFMTV.
Au cœur du dispositif, les Contracts for Difference (CfD). Les CfD sont un mécanisme public britannique qui garantit un prix minimal aux producteurs d’électricité renouvelable ; si le prix de marché passe en dessous, la différence est compensée par un prélèvement sur les factures des ménages. Ce système a permis un essor stupéfiant de l’éolien offshore, mais il crée des situations inattendues lorsque le réseau ne suit pas.
Un réseau saturé qui pousse l’électricité vers la France
La plupart des grands parcs éoliens se trouvent en Écosse ou dans le nord du Royaume-Uni, alors que les principaux centres de consommation se concentrent dans le sud de l’Angleterre, autour de Londres. Lors des journées très venteuses, les lignes à haute tension nord-sud saturent : il devient plus simple d’évacuer le surplus en l’exportant par câbles sous-marins vers la France, les Pays-Bas ou la Belgique, où cette électricité arrive à bas prix.
Pendant ce temps, pour alimenter le sud britannique, l’opérateur réactive des centrales à gaz situées plus près des villes. Les contribuables financent donc à la fois les subventions à l’éolien exporté et la production thermique supplémentaire. La ministre de l’Énergie du cabinet fantôme conservateur, Claire Coutinho, dénonce un marché "qui protège les développeurs éoliens et non le consommateur" et demande "pourquoi le consommateur devrait-il payer pour de l’énergie produite en Grande-Bretagne qui sera ensuite vendue à profit à la France ?"
Flux croisés France-Royaume-Uni et bataille politique à Londres
Parler de factures françaises directement payées par les Britanniques reste pourtant un raccourci. Les fournisseurs français achètent cette électricité à un prix de marché sur les interconnexions, ils ne la reçoivent pas gratuitement. En revanche, une partie du coût de production de certains kilowattheures importés est bien portée par les ménages du Royaume-Uni via les CfD. Sur l’année, l’équation s’inverse : en 2025, le Royaume-Uni est resté importateur net et a acheté environ 19,5 TWh à la France, devenue son 1er fournisseur d’électricité, notamment nucléaire lors des périodes sans vent.
Ce dossier s’inscrit dans une confrontation politique plus large autour du plan "Énergie propre 2030" de Keir Starmer, qui mise sur plus d’éolien et de solaire, et sur un renforcement de la coopération énergétique avec l’Union européenne. Les conservateurs redoutent qu’une intégration accrue au marché européen ne multiplie les épisodes d’exportations subventionnées. D'après le média PressTV, Jack Pardoe résume l’enjeu côté réseau : "Si j’étais au gouvernement et que la priorité était de réduire les factures, alors je donnerais la priorité à la réparation de notre propre toiture."