Passi invite « Les saigneurs de micro » !

Figure incontournable du rap français, Passi signe un retour aussi discret que symbolique, loin du tumulte médiatique mais chargé de sens. Il y a quelques semaines, le Secteur Ä était reçu par Rachida Dati au Ministère de la Culture pour y...

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Figure incontournable du rap français, Passi signe un retour aussi discret que symbolique, loin du tumulte médiatique mais chargé de sens. Il y a quelques semaines, le Secteur Ä était reçu par Rachida Dati au Ministère de la Culture pour y être honoré, preuve de l’héritage durable laissé par cette génération. Dans cette dynamique de réapparition, Pit Baccardi célébrait quant à lui les 20 ans de son album éponyme sur la scène mythique de l’Olympia, comme un rappel de l’empreinte indélébile de cette époque.

Bien avant d’explorer ses « Tentations », Passi et Stomy Bugsy avaient déjà profondément marqué le paysage rap français, notamment à travers Ministère AMER et le sulfureux « Sacrifice de poulets ». Ce titre, devenu emblématique, incarne l’un des 1ers grands affrontements entre le rap et les institutions autour de la question de la liberté d’expression.

Avec « Les Tentations », Passi franchit un cap et impose une œuvre majeure, à la fois populaire et structurante. Porté par des titres devenus cultes comme « Je zappe et je mate », « Le maton te guette », « Le monde est à moi » aux côtés de Akhenaton, ou encore « Les flammes du mal », l’album accompagne une transformation profonde du rap français. Aux côtés de Stomy Bugsy, Passi contribue à sortir le rap de son cadre initial pour en faire une musique capable de toucher un public large, bien au-delà des frontières des quartiers.

Dans cette logique d’ouverture, Passi fonde avec ses pairs congolais Bisso Na Bisso, un projet visionnaire qui anticipe, avec plusieurs années d’avance, l’essor des sonorités afro dans la musique française. Une influence que l’on retrouvera plus tard chez des artistes comme MHD, Aya Nakamura ou encore Dadju.

Sur ce nouveau morceau, le précurseur orchestre un véritable rassemblement des grandes plumes du rap français dans un posse cut ambitieux. Autour de lui gravitent notamment Akhenaton, Sage Po, Rocca, Neg’Marrons, 2Bal, Rockin’ Squat et Papillon. Une réunion de vétérans où chacun vient affirmer sa présence, micro en main.

Passi invite « Les saigneurs de micro » !

À la production, un nom s’impose naturellement pour un tel casting : Djimi Finger. Architecte sonore d’une grande partie du rap des années 90, il incarne une référence absolue. Pour les nouvelles générations, son rôle peut être rapproché de celui de Flem ou du collectif Therapy 2093. Son empreinte traverse des classiques comme « Affaires de famille », « Sexe, pouvoir et biftons », « On fait les choses », « Un monde parfait » ou encore l’incontournable « Boxe avec les mots ».

Alors que Calbo nous a quittés, et que les plus grandes plumes du rap français défilent au micro tendu par Passi, une ligne résonne encore comme un manifeste intemporel : « Qui prétend faire du rap sans prendre position ? ».

Le format impose un rythme soutenu : ici, pas de longues démonstrations, mais une efficacité brute. Les flows s’enchaînent, les punchlines frappent, et l’ensemble dégage une énergie qui dépasse largement les clichés associés à une esthétique old school.

Jacky Brown ouvre le bal avec une formule percutante : « Eh yo, Passi, laisse-moi les prévenir, vaut mieux pas venir que mourir ». Ben-J enchaîne avec un clin d’œil maîtrisé à son héritage : « Appelle-moi Lord Ben-J, jamais loin d’mon acolyte, nouvelle rafale signée Sarcelite ». G-Kill impose sa voix : « Assis-toi, ça suffit d’sucer car un seul a la prophétie », avant que Doc Gyneco ne conclue avec une touche ironique : « Baffe lyricale, pourquoi tu chiales ? Les traîtres se méfient comme l’a dit Gandalf ».

Les couplets s’enchaînent sur ce morceau au casting impressionnant, qui aurait aisément pu donner naissance à un troisième volet d’un posse cut devenu culte… mais qui restera probablement à l’état de fantasme pour les puristes.