Salaires au Smic : la piste étudiée par Matignon pour débloquer les augmentations

Et si augmenter les salaires au Smic devenait enfin moins coûteux pour les entreprises ? C’est la piste explorée par les conseillers de Matignon, selon Orange Actualités. Le Conseil d’analyse économique (CAE), qui éclaire les choix du gouvernement,...

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Salaires au Smic : la piste étudiée par Matignon pour débloquer les augmentations

Et si augmenter les salaires au Smic devenait enfin moins coûteux pour les entreprises ? C’est la piste explorée par les conseillers de Matignon, selon Orange Actualités. Le Conseil d’analyse économique (CAE), qui éclaire les choix du gouvernement, a dévoilé jeudi 8 octobre de nouvelles orientations pour sortir d’un système jugé à bout de souffle.

Depuis les années 1990, la France mise sur des allègements de charges concentrés sur les bas salaires pour limiter le chômage. Problème : ce dispositif, pensé il y a trente ans, coince aujourd’hui les augmentations de salaire pour les travailleurs les moins qualifiés. Un comble, alors que le pouvoir d’achat reste la préoccupation numéro un des Français.

Pourquoi augmenter un salarié au Smic coûte si cher

Le constat des économistes du CAE est sans appel : les politiques menées depuis trois décennies « ne sont plus tenables ». En cause, un barème d’allègements de cotisations qui pénalise directement les hausses de salaire autour du Smic. Concrètement, pour qu’un salarié touche 100 euros de plus sur sa fiche de paie, l’employeur doit débourser jusqu’à 400 euros supplémentaires, charges comprises.

Résultat : les entreprises rechignent à revaloriser les bas salaires, puisque chaque euro net gagné par le salarié leur coûte quatre fois plus. Une mécanique qui freine mécaniquement les progressions de carrière pour les profils les moins qualifiés, alors même que le coût du travail au niveau du Smic a nettement baissé par rapport au salaire médian en trente ans.

Une politique de l’emploi à revoir, selon les économistes

Pour Alexandra Roulet, économiste et professeure à l’Insead citée dans l’étude, le monde du travail a profondément changé depuis la mise en place de ces dispositifs. Elle pointe un coût du travail au Smic désormais inférieur à celui observé en Allemagne ou au Royaume-Uni, ce qui rend l’argument historique des allègements moins pertinent qu’avant.

Plutôt que de continuer à tout miser sur l’allègement du coût du travail peu qualifié, le CAE propose de réorienter une partie de ces aides vers l’insertion des jeunes et l’emploi des seniors. La France accuse en effet un net retard sur ces deux catégories par rapport à ses voisins européens, avec des taux d’emploi des 15-24 ans et des 55-64 ans nettement inférieurs à ceux constatés en Allemagne.

Ce que cela pourrait changer pour les salariés

Concrètement, les économistes suggèrent de réduire le barème des allègements de charges au niveau du Smic pour dégager de nouvelles marges budgétaires. Ces recettes seraient ensuite redirigées vers les publics les plus éloignés de l’emploi, jeunes en difficulté d’insertion et seniors en tête.

Une réforme qui, si elle était reprise par le gouvernement, pourrait faciliter les augmentations de salaire pour les travailleurs au Smic sans faire exploser la facture des entreprises. Reste que ces pistes risquent de se heurter à l’opposition des organisations patronales, déjà vent debout contre d’autres ajustements envisagés sur les charges, comme le gel de certains allègements évoqué par Bercy.

Pour l’instant, aucune décision officielle n’a été annoncée par Matignon. Mais le sujet du pouvoir d’achat, central pour des millions de salariés français, devrait rester sur la table dans les prochaines semaines, alors que le gouvernement prépare ses arbitrages budgétaires.