Ces critiques sur "The Dig" illustrent un problème de fond dans le cinéma

CINÉMA - Vingt-et-un ans. C’est le nombre d’années qui séparent l’actrice britannique Carey Mulligan du personnage qu’elle incarne dans le dernier long-métrage de Simon Stone, “The Dig”, mis en ligne ce vendredi 29 janvier sur Netflix.Adapté...

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Carey Mulligan dans

CINÉMA - Vingt-et-un ans. C’est le nombre d’années qui séparent l’actrice britannique Carey Mulligan du personnage qu’elle incarne dans le dernier long-métrage de Simon Stone, “The Dig”, mis en ligne ce vendredi 29 janvier sur Netflix.

Adapté du roman du même nom de John Preston, le film raconte l’histoire d’une femme riche et veuve, interprétée par la comédienne de 35 ans, qui engage un archéologue pour exhumer une sépulture sur sa propriété. Ensemble, ils découvrent un ancien navire et son trésor, deux magots que le British Museum a bien l’intention d’acquérir.

Ce récit est inspiré d’une histoire vraie, celle d’Édith Pretty. Elle était âgée de 56 ans en 1939, année de la précieuse découverte archéologique. D’après le Daily Mail, le rôle avait d’abord été imaginé pour Nicole Kidman. Les choses ont été faites autrement et c’est Carey Mulligan qui le joue.

Le cinéaste a, par le passé, justifié cette décision, expliquant au micro de la BBC que le roman s’écartait déjà “de la vérité sur de nombreux points et ne prétendait pas être absolument exact”. D’après lui, la possibilité de s’éloigner de l’exactitude historique ”était déjà là”.

8% des rôles

Chez les spectateurs, ce choix ne fait pas l’unanimité. Depuis qu’il est arrivé sur la plateforme de streaming, certains se disent déçus devant “cette occasion manquée de choisir une actrice adaptée à l’âge d’Édith Pretty”, comme l’écrit la jeune femme ci-dessous.

Même son de cloche pour cette autre internaute. “Il est déjà difficile pour les femmes âgées de trouver des rôles décents, écrit-elle. Netflix, vous avez raté un tour?”

Celle-ci ajoute: ”Je serais curieuse de savoir combien de femmes il y a parmi les directeurs de casting. On compte sur elles pour mettre fin à ce genre de casting discriminants à l’égard des personnes âgées.”

“Est-ce qu’un jour ils vont permettre aux femmes de plus de 40 ans d’apparaître à l’écran?” se demande l’actrice britannique Beatie Edney, aperçue dans la série “Highlander”.

Comme la comédienne de 58 ans, ce que dénoncent ces personnes, c’est la quasi-absence de femmes de plus de 50 ans dans les fictions, notamment au cinéma. À l’instar de Carrey Mulligan dans “The Dig”, Angelina Jolie, elle, a campé le rôle de la mère du héros dans “Alexandre” d’Oliver Stone. Elle n’avait pourtant qu’un an d’écart avec son interprète dans la vraie vie, Colin Farrell.

Un constat partagé par un collectif français justement baptisé “Tunnel de la comédienne de 50 ans”. Au mois de janvier, il a dénoncé l’imaginaire collectif selon lequel le public ne veut voir que des femmes jeunes à l’écran, tandis que le glamour des hommes ne connaîtrait pas de date de péremption.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Seuls 8% des rôles ont été attribués à des femmes de plus de 50 ans. C’est deux fois moins qu’à des hommes de la même tranche d’âge, sur l’ensemble des films français de 2019. En proportion, elles sont aussi beaucoup moins présentes à l’écran que dans la société.

La double peine

Ces actrices sont victimes d’une “double peine: sexisme et âgisme”: elles sont à la fois moins présentes à l’écran en tant que femmes, et en raison de leur âge, déplore le collectif, issu de l’association “Acteurs et actrices de France associés”.

Malgré les prises de parole, manifestes et tribunes et certains films, comme “Deux” de Filippo Meneghetti, les choses ne s’améliorent guère. L’émergence de nouvelles réalisatrices aurait aussi pu changer la donne. Las, les films réalisés par des femmes ont même tendance à offrir encore moins de place aux actrices âgées.

En attendant, “les actrices se font éjecter avec l’âge”, confirme Nathalie Chéron, à la tête de l’association des directeurs de casting, qui cherche à lutter contre un système “pervers” suscitant précarité et pression psychologique. Certaines actrices tentent de lutter par la chirurgie esthétique, sans garantie d’être retenues pour autant. Tandis que les hommes “peuvent bosser même s’ils prennent du ventre et des bajoues”, s’indigne-t-elle.

Les quelques stars qui passent sans encombre la barre des 50 ans, comme Catherine Deneuve, 77 ans, encore à l’affiche de six films ces deux dernières années, sont “l’arbre qui cache la forêt”, selon Catherine Piffaretti, l’autre figure de ce collectif.

“Un enjeu de société”

Au-delà de la question de la carrière des actrices, dont l’écart de rémunération avec les hommes augmente avec l’âge selon les calculs du Centre national du cinéma (CNC), leur invisibilisation avec les années est “un enjeu de société”, relève-t-elle. “Le plafond de verre auquel se heurtent les femmes dans la vie civile est sans doute aussi dû à ce manque de représentations dans les fictions, ou alors fondées sur des images de nos grands-mères d’autrefois, qui ne correspondent plus du tout à la réalité et empêchent l’inconscient collectif de construire une image de femme puissante”, selon elle.

Sur le terrain, certains professionnels s’attellent à faire changer les choses, comme Sophie Deschamps, ancienne dirigeante de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD). Elle-même scénariste, elle salue les auteurs et réalisateurs qui décident de féminiser “même de tous petits rôles, pour que le tournage soit paritaire. Il faut commencer par là”.

Signe d’une certaine prise de conscience, le CNC s’est penché à son tour, et pour la première fois, sur le problème. Le résultat est édifiant. Comme Maggie Gyllenhaal, à qui l’on a dit à 37 ans qu’elle était trop âgée pour jouer la maîtresse d’un homme de 55 ans, les actrices commencent à disparaître des écrans non pas à 50 ans, mais dès l’âge de ... 30 ans, à partir duquel la part des actrices dans les 1400 films français sortis de 2009 à 2018 fond drastiquement.

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