“Hellfire” de Black Midi : bienvenue en enfer !
Après deux albums (Schlagenheim, 2019, et Cavalcade, 2021), tout portait à croire que la musique de la formation londonienne était mue par une fuite en avant consistant à tout détruire pour mieux reconstruire sur les ruines fumantes du disque...
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Après deux albums (Schlagenheim, 2019, et Cavalcade, 2021), tout portait à croire que la musique de la formation londonienne était mue par une fuite en avant consistant à tout détruire pour mieux reconstruire sur les ruines fumantes du disque précédent.
Sur Hellfire, le cheval de Troie livre enfin tous ses secrets : la musique de Black Midi pousse en rhizome – à l’instar de ces pochettes de disques surchargées qui traduisent moins des collages d’influences disparates qu’une musique sans centre, croissant dans toutes les directions.
Un grand fatras référentiel
Chaotique, polymorphe et imprévisible : la hiérarchie des idées n’a pas cours au sein du triumvirat formé par Geordie Greep, Cameron Picton et Morgan Simpson, mais semble toujours battre le fer de l’expérimentation avec le changement pour seule constante.
Avec Hellfire, Black Midi livre d’ores et déjà son album le plus immédiat. Exit donc la dramaturgie de Cavalcade, ce troisième effort s’envisage, selon leurs propres dires, comme “un film d’action épique”, qui perd en lyrisme ce qu’il gagne en muscles saillants – en témoignent les interludes façon combat de catch.
Des personnages équivoques et des sonorités oppressantes prennent à la gorge
Dans ce grand fatras référentiel, Hellfire semble composer la bande-son de l’enfer tel que vu par le peintre Jérôme Bosch avec tout ce qu’il comprend d’absurde. Ainsi des personnages équivoques et des sonorités oppressantes prennent à la gorge dès le morceau d’ouverture (Hellfire).
Spoken word hanté
À l’instar de ses comparses de Black Country, New Road, qui n’avaient laissé qu’une petite année entre leur 1er et leur second album dantesque, Black Midi semble nourrir leur disque de cette urgence. Si Schlagenheim consistait en une variation sur des sessions improvisées tandis que Cavalcade était un pur exercice de studio, Hellfire procède d’un prolongement de l’énergie du live.
Qu’il libère les flammes de l’enfer sur Sugar/Tzu, le funk possédé de Welcome to Hell et The Race Is about to Begin ou qu’il tende à un apaisement feint sur Still, The Defence ou Dangerous Liaisons, ce disque narré à la 1ère personne par le spoken word hanté de Geordie Greep traduit l’envie d’en découdre avec les conventions et l’immobilisme. Un troisième album flamboyant, tout à la fois angoissant et réjouissant, viscéral et stimulant.
Hellfire (Rough Trade Records/Wagram). Sortie le 15 juillet.