Métiers scientifiques : pourquoi les jeunes femmes sont encore si peu nombreuses ?

Les métiers scientifiques recrutent, mais les femmes restent minoritaires Industrie, énergie, numérique, aéronautique, cybersécurité ou encore ingénierie : les métiers scientifiques sont au cœur des grandes transformations économiques. Portés...

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Métiers scientifiques : pourquoi les jeunes femmes sont encore si peu nombreuses ?

Les métiers scientifiques recrutent, mais les femmes restent minoritaires

Industrie, énergie, numérique, aéronautique, cybersécurité ou encore ingénierie : les métiers scientifiques sont au cœur des grandes transformations économiques. Portés par la réindustrialisation, la transition énergétique et le développement des nouvelles technologies, ces secteurs devraient continuer à recruter massivement dans les prochaines années.

Les besoins sont importants. La feuille de route nationale présentée par le Gouvernement prévoit 600 000 recrutements dans l’industrie, tandis que les métiers du numérique pourraient générer plus de 230 000 emplois. Pourtant, les femmes restent encore largement sous-représentées dans ces filières.

Les chiffres illustrent ce paradoxe. Aujourd’hui, les femmes représentent seulement 24 % des ingénieurs, 19 % des experts du numérique et 15 % des techniciens. Une situation qui ne constitue pas uniquement un enjeu d’égalité professionnelle : elle pose également la question de la capacité des entreprises à répondre à leurs besoins de recrutement dans des secteurs stratégiques pour l’économie française.

Pour Isabelle Huet, directrice générale de l’association Elles bougent, cette sous-représentation ne s’explique pas par un manque de compétences, mais par des mécanismes qui interviennent bien avant l’entrée sur le marché du travail. Depuis près de vingt ans, l’association agit auprès des collégiennes, lycéennes et étudiantes afin de faire découvrir les carrières scientifiques, techniques et industrielles grâce à un réseau de plus de 15 000 marraines et 350 partenaires répartis sur l’ensemble du territoire.

Pourquoi les jeunes femmes choisissent-elles moins les filières scientifiques ?

Le phénomène apparaît bien avant l’entrée dans la vie active. Si les filles représentent près de 47 % des élèves dans les parcours scientifiques au lycée, leur proportion diminue progressivement au fil des études. Elles ne sont plus que 29 % en classes préparatoires scientifiques, puis 24 % dans les écoles d’ingénieurs. Dans certaines filières technologiques, cette part tombe même à 20 %. Les spécialistes causent de « tuyau percé » (leaky pipeline), pour désigner cette disparition progressive des femmes tout au long du parcours scientifique.

Cette évolution ne s’explique pas uniquement par les résultats scolaires. De nombreuses recherches montrent que les représentations sociales et les stéréotypes de genre continuent d’influencer les choix d’orientation dès le plus jeune âge. Le dossier d’impact publié par Elles bougent rappelle notamment qu’une étude parue dans la revue Nature en 2025 met en évidence un écart de confiance en mathématiques dès les 1ères années de l’école primaire. De son côté, le baromètre OpinionWay réalisé pour l’association révélait déjà en 2024 que 82 % des filles estimaient avoir été confrontées à des stéréotypes de genre dans leur parcours scolaire.

Ces représentations influencent ensuite la manière dont les jeunes envisagent leur avenir professionnel. Lorsque certains métiers restent associés, consciemment ou non, à des profils masculins, il devient plus difficile pour les adolescentes de s’y projeter. C’est précisément sur ce point qu’agissent des associations comme Elles bougent, en multipliant les rencontres entre jeunes filles et professionnelles des secteurs scientifiques et techniques.

Les rôles modèles peuvent-ils vraiment changer les choix d’orientation ?

Si les stéréotypes influencent les choix d’orientation, peut-on réellement les faire évoluer ? C’est la question à laquelle l’association Elles bougent a tenté de répondre à travers une vaste étude d’impact menée auprès de plus de 5 000 membres de sa communauté : collégiennes, lycéennes, étudiantes, enseignantes, marraines et partenaires. L’objectif était de mesurer, au-delà des impressions, les effets concrets de vingt années d’actions de sensibilisation.

Les résultats montrent d’abord que la découverte des métiers constitue un levier essentiel. Après avoir participé à une intervention, une visite d’entreprise ou une rencontre avec des professionnelles, 93 % des collégiennes, lycéennes et étudiantes déclarent avoir élargi leur connaissance des métiers scientifiques et techniques. Pour beaucoup, ces échanges permettent de découvrir des carrières dont elles n’avaient jamais entendu causer ou qu’elles n’imaginaient pas accessibles.

L’étude met également en évidence une évolution du regard porté sur ces professions. Plus des deux tiers des participantes estiment avoir pris davantage conscience des stéréotypes qui entourent encore les métiers scientifiques après avoir participé aux actions de l’association. Autrement dit, rencontrer des femmes qui exercent déjà ces métiers contribue à déconstruire certaines idées reçues et à rendre ces parcours plus concrets.

Ces rencontres semblent aussi avoir un impact sur la confiance en soi. Une participante sur deux indique se sentir davantage légitime à envisager une carrière scientifique après avoir échangé avec des marraines. Près de 29 % déclarent également que ces actions les ont encouragées à s’orienter vers des études scientifiques ou techniques. Si ces résultats reposent sur les déclarations des participantes et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un lien de causalité, ils suggèrent néanmoins que l’exposition à des rôles modèles peut influencer la manière dont les jeunes femmes envisagent leur avenir professionnel.

Si vous souhaitez consulter l’étude d’impact dans son intégralité, vous pouvez la retrouver ici.

De l’orientation au 1er emploi : un impact qui se poursuit

Les effets observés ne concernent pas uniquement les choix d’orientation. Pour de nombreuses étudiantes, les actions menées par Elles bougent constituent également une porte d’entrée vers le monde professionnel.

Selon l’étude, 22 % des étudiantes interrogées déclarent avoir obtenu un stage, une alternance ou un 1er emploi grâce au réseau développé par l’association. Plus de 70 % affirment également se sentir intégrées à un réseau professionnel féminin, un élément souvent cité comme un facteur important pour développer sa confiance, échanger avec des professionnelles ou accéder à de nouvelles opportunités.

L’impact ne se limite pas aux étudiantes. Les enseignantes interrogées expliquent avoir enrichi leur connaissance des métiers scientifiques et techniques, ce qui leur permet d’accompagner plus facilement leurs élèves dans leurs choix d’orientation. Les marraines, de leur côté, évoquent le développement de compétences comme la prise de parole en public, le leadership ou encore la transmission de leur expérience. Beaucoup estiment également que leur engagement contribue à faire évoluer les pratiques de leur entreprise en matière d’égalité professionnelle.

Sources :

 

  • Étude d’impact Elles bougent (2026)
  • Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : Vers l’égalité femmes-hommes ? Chiffres clés 2026
    UNESCO – Women in STEM : Promouvoir l’égalité des genres dans l’éducation aux STEM
    CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs)