Pourquoi un suivi psy est primordial lors d'une chirurgie bariatrique - BLOG

OBÉSITÉ —Chaque année, 60. 000 personnes de plus se font opérer en espérant une “renaissance”. Est-ce trop? Se trompent-elles? C’est de leur attente que nous pouvons partir.Après de multiples échecs de régimes, on peut comprendre qu’une personne...

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Un des problèmes, c’est que dans les prises en charge, les frais liés aux psychologues sont à la charge des patients. Il serait indispensable d’y remédier. Il ne s’agit pas de faire maigrir quelqu’un. Il s’agit d’aider une personne qui ne se résume en rien à des chiffres (IMC, kilos, âge) à s’envisager dans sa globalité. 

OBÉSITÉ —Chaque année, 60. 000 personnes de plus se font opérer en espérant une “renaissance”. Est-ce trop? Se trompent-elles? C’est de leur attente que nous pouvons partir.

Après de multiples échecs de régimes, on peut comprendre qu’une personne qui souhaite maigrir se désespère. Quand je la reçois je commence par-là: faut-il vraiment perdre un poids qui semble s’accrocher et au nom de quoi? Être mal dans sa peau, c’est une chose. L’excès de poids a parfois bon dos.

Désirer mincir est tellement socialement acceptable, voire tellement encouragé, que cela peut permettre de ne pas creuser et devenir la cause de très nombreux échecs du projet. Modifier sa morphologie n’est pas anodin. Le corps montre.

Le corps montre

L’expression corporelle est à décrypter par la personne en tout premier lieu. Toutes ces questions devraient être posées dès la moindre tentative d’intervenir par une quelconque façon de modifier quoi que ce soit. Est-ce clair? Ce n’est pas parce que ”ça n’a pas marché” qu’il faut s’interroger. C’est normal que ”ça” ne marche pas, ”ça” n’est pas rien que se forcer à moins manger, ”ça” n’est pas rien que vouloir être une autre! J’utilise ici le féminin parce que l’esthétique est une des premières raisons pour lesquelles de nombreuses très jeunes filles démarrent une carrière d’obésité (mais aussi d’anorexie, de TCA!). 

La HAS (Haute Autorité de Santé) émet des recommandations, les actualise avec des experts (dont j’ai l’honneur de faire partie). 

Un des problèmes, c’est que dans les prises en charge, les frais liés aux psychologues sont à la charge des patients. Il serait indispensable d’y remédier. Il ne s’agit pas de faire maigrir quelqu’un. Il s’agit d’aider une personne qui ne se résume en rien à des chiffres (IMC, kilos, âge) à s’envisager dans sa globalité. 

La réalité psychique détermine des conduites. Nous aurions un meilleur départ si l’obésité était de moins en moins vue comme un problème, voire même systématiquement une maladie. Les kilos ont un sens et les amasser peut éventuellement être utile s’ils sont vécus comme une solution. Faut-il rappeler le nombre d’incestes et de violences sexuelles à tous âges? Faut-il encore et encore redire que se protéger comme on peut est loin d’être idiot? Se priver d’une carapace serait alors une nouvelle violence. Peut-on cesser d’aborder ces considérations comme des détails? La réalité des résistances au changement se situe dans ces raisons finalement très raisonnables. Quand on est fracassé psychiquement, quand quelqu’un prend en un temps record beaucoup de poids (ou en perd d’ailleurs) est-ce étonnant? 

Quand une personne grossit, il vaut mieux s’intéresser à la personne qu’à son poids!

C’est grossophobe de ne voir que des kilos! Cette phobie de la prise de poids révèle où sont posées les priorités. 

Les autorités elles-mêmes considèrent qu’il y a trop d’opérations. Ce n’est pas un scoop*

Les critères vont être resserrés en 2021 afin que les seuils soient respectés: IMC égal à 40. Trop de deuxièmes, troisièmes interventions ont lieu. Les ”échecs” n’étant pas travaillés, on prend les mêmes et on recommence sous prétexte que la santé l’exige. La France est un des pays qui opère le plus. Les interventions augmentent plus que la prévalence de l’obésité. Serait-ce parce qu’ici la Sécu rembourse?

L’obésité est certes un problème quand la santé en pâtit. Cependant la santé psychique est tout autant importante dans les conduites de tout un chacun, y compris les personnes en obésité. Vous constatez que je ne réduis jamais une personne à une seule de ses caractéristiques. On n’est pas qu’obèse, ou quoique que ce soit d’autre.

Mais la fabrication de l’obésité est-elle traitée comme il le faudrait? Regardons ailleurs, en amont, les critères collectifs. La responsabilité n’est pas qu’individuelle. La culpabilité non plus.

La qualité nutritionnelle? Les publicités lors des programmes télé? La multiplicité des morphologies dans le monde de la mode et des médias? La prévention plurifactorielle? Tout est parfait? Et la liste n’est pas exhaustive.

La “féminité” évoquée directement (dans l’émission “Opération Renaissance”, qui suscite les polémiques) et indirectement quand son animatrice dit au médecin qu’elles se sont faites belles, car tout médecin qu’il soit, il n’en demeure pas moins homme et qu’il répond qu’il apprécie, cela pose un problème énorme.

On n’est pas qu’obèse

Qu’est-ce que cette notion de féminité signifie, sans qu’elle soit explicitée, évidente, l’air de rien? Les préjugés implicites sont à regarder de très près. Une grande partie de la violence symbolique y réside. Le corps désirable plane sur les décisions inconscientes comme conscientes. Se faire aimer est l’enjeu.

Savent-elles que c’est le regard qui fait le beau? 

Savent-ils sans ce type de considérations le complexe n’existerait pas? 

La spirale Yoyo: faire un régime, perdre du poids, en reprendre plus parce que la privation donne de la frustration qui entraîne la transgression, ce yoyo provoque l’obésité.

Tout le reste est conséquences!

Les statistiques sont formelles, les cartes de la précarité et de l’obésité se superposent. 

Une renaissance ou une connaissance?

Les causes sociales de l’obésité sont essentielles à prendre en considération. Elles sont tout aussi importantes que les autres causes. C’est dramatique; dans les prises en charge, tout est médicalisé. Il n’est pas sérieux de faire un constat, un diagnostic pourrions-nous dire et ne plus en tenir compte dans le traitement. La réalité est parfois décevante face à des illusions. En post-op”, lorsque les patients ne sont pas perdus de vue, certains sont très heureux. Et d’autres beaucoup moins. Cessons de généraliser pour considérer l’individu et son histoire singulière. Revenons aux attentes que nous avons interrogées au début de la démarche. De quelle nature étaient-elles vraiment? Uniquement de l’ordre de la santé, uniquement réalistes ou attendait-on une renaissance? Pris au pied de la lettre, ce terme (régulièrement prononcé par les patients) est assez angoissant, complètement fantasmatique. Du passé, il serait fait table rase. Comment une continuité d’existence pourrait alors faire évoluer une personne si elle gomme et renie une partie d’elle-même?

Après un changement physique important suite à une chirurgie de l’obésité, après un tout autre rapport à la nourriture, les compensations précédentes (par exemple) vont se modifier. Quand on en aura encore besoin, où vont-elles se déplacer? Le rapport aux autres change radicalement. Le regard des autres peut mettre mal à l’aise. Même si les apparences sont flatteuses, le taux de suicide** qui augmentent, celui des dépressions, des toxicomanies, toutes ces manifestations de mal-être donnent à voir autre chose qu’une fin idyllique. Aussi, rappelons-le.

L’entourage a vécu avec une personne qui change. Est-ce que le rapport relationnel pourrait ne pas en être chamboulé? Parfois pour le meilleur. Pas toujours. Les pièces du puzzle vont-elles se raccorder?

La question n’est pas, dans l’absolu, d’être “pour ou contre” la chirurgie de l’obésité.

En l’an 2000, au tout début de la chirurgie bariatrique en France, le chirurgien Patrick Bergevin est venu me chercher avec ces mots “le bistouri aura besoin du divan”. Il savait qu’il opérait une personne, pas un estomac.

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* Tome II annexe IGAS 2018. Également: communiqué de presse HAS. Indicateurs pour l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins. Chirurgie de l’obésité de l’adulte: prise en charge préopératoire minimale — Résultats de campagne 2015.

** Suicide, Self-harm and depression after Gastric Bypass Surgery, a nation wide cohort study, in Annals of surgery, vol 265, Number 2, february 2017. Le taux de risque est 4 fois supérieur. 

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Psy de banlieue par choix, Catherine Grangeard est également l’auteure, entre autres ouvrages, de “Comprendre l’obésité” (Ed. Albin Michel), “Obésités Le poids de mots. Les maux du poids” (Ed. Calmann-Lévy) et du roman coécrit avec Daphnée Leportois “La femme qui voit de l’autre côté du miroir” (Ed. Eyrolles).

À voir également sur Le HuffPost: Quand la santé se mue en argument grossophobe