Un rapport remet au gouvernement ses conclusions sur une hausse des droits d’inscription à l’université d’ici 2030
Les universités françaises sont au bord d’un tournant historique. Un rapport remis au gouvernement le 24 juin 2026 soulève une question qui touche directement des millions d’étudiants et leurs familles : faut-il revoir en profondeur les frais...
REJOINDRE L'ÉQUIPE DE RÉDACTION
Tu penses avoir un don pour la rédaction ?
Contacte-nous dès maintenant pour rejoindre notre équipe de bénévoles.
REJOINDRE L'ÉQUIPE DE RÉDACTION
Tu penses avoir un don pour la rédaction ?
Contacte-nous dès maintenant pour rejoindre notre équipe de bénévoles.
REJOINDRE L'ÉQUIPE DE RÉDACTION
Tu penses avoir un don pour la rédaction ?
Contacte-nous dès maintenant pour rejoindre notre équipe de bénévoles.
Les universités françaises sont au bord d’un tournant historique. Un rapport remis au gouvernement le 24 juin 2026 soulève une question qui touche directement des millions d’étudiants et leurs familles : faut-il revoir en profondeur les frais d’inscription à l’université pour éviter l’effondrement du système ?
Un déficit de 2 milliards d’euros annoncé d’ici 2030
Le constat des deux coprésidents du rapport est sévère. Jérôme Fournel, inspecteur général des finances et ex-directeur de cabinet de Michel Barnier, et Gilles Roussel, ex-président de l’université Gustave Eiffel, alertent sur un risque majeur d’appauvrissement des établissements.
Selon leur document de 117 pages, « le décrochage entre le rythme d’augmentation des dépenses et la stagnation des recettes pourrait conduire à une dégradation jusqu’à atteindre un déficit d’environ 2 milliards d’euros en 2030 ».
« Le décrochage entre le rythme d’augmentation des dépenses et la stagnation des recettes pourrait conduire à une dégradation […] jusqu’à atteindre un déficit d’environ 2 milliards d’euros en 2030. »
Les deux auteurs avaient été missionnés en janvier pour aboutir à un « diagnostic partagé » sur la situation financière des universités. Leur travail illustre donc un problème structurel, pas une crise passagère.
Ce que coûte réellement une année d’études aujourd’hui
Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut d’abord regarder les chiffres actuels. Les droits en licence et en master ne représentent aujourd’hui que 1,9 % du coût estimé des formations dispensées, rappelle le rapport.
Concrètement, un étudiant français non boursier paie actuellement 178 euros pour une année de licence et 254 euros pour un master. Ces montants sont fixés par l’État et doivent rester « modiques », selon les jurisprudences du Conseil constitutionnel et du Conseil d’État.
Par conséquent, la part des frais d’inscription à l’université dans les recettes totales des établissements ne dépasse pas 3 % en 2025. C’est, selon le rapport, nettement insuffisant pour assurer la viabilité financière du système.
Multiplier par cinq les droits d’inscription : le scénario sur la table
Le rapport propose d’élever les frais d’inscription à l’université pour qu’ils atteignent globalement 10 % des ressources universitaires. Pour y parvenir, les deux coprésidents suggèrent de porter le coût d’une année de licence à 900 euros et celui d’une année de master à 1 300 euros.
Cette hausse représenterait une multiplication par cinq environ des montants actuels. Selon le rapport, elle « dégagerait autour de 1,5 milliard d’euros supplémentaires » pour les universités.
Deux scénarios sont avancés : soit une hausse progressive « sur cinq ou six ans », soit une « hausse intégrale » dès la 1ère année. Dans les deux cas, ces recettes reviendraient directement aux établissements.
Les étudiants modestes seraient-ils protégés ?
Le rapport insiste sur ce point sensible. Il prévoit « un barème progressif qui exonère les étudiants aux revenus les plus modestes via une refondation du système de bourses », afin de ne pas remettre en cause l’égal accès à l’enseignement supérieur.
Pourtant, la question du pouvoir d’achat reste centrale pour de nombreuses familles. Passer de 178 euros à 900 euros pour une licence représente un effort financier considérable, même avec un système de bourses renforcé.
Des pistes complémentaires pour diversifier les ressources
La hausse des frais d’inscription à l’université n’est pas le seul levier identifié. Gilles Roussel et Jérôme Fournel plaident aussi pour une plus grande autonomie des universités dans la gestion de leurs personnels, encore « très partielle » selon leurs termes.
Ainsi, ils encouragent les établissements à multiplier leurs sources de financement, tant publiques que privées. Parmi les pistes concrètes citées dans le rapport :
- Mieux valoriser le patrimoine immobilier des universités, qui ne représente que 0,6 % des recettes actuelles
- Développer des cursus payants en complément des formations publiques
- Nouer des partenariats financiers avec des entreprises privées
- Renforcer la diversification des ressources publiques et privées
Ces mesures visent donc à ne pas faire reposer l’effort uniquement sur les étudiants. En revanche, leur mise en oeuvre suppose une réforme en profondeur du fonctionnement des universités.
Les étudiants étrangers déjà concernés par une hausse
La question des droits différenciés n’est pas nouvelle. Un décret publié en mai a déjà augmenté les droits d’inscription de la majorité des étudiants étrangers hors Union européenne, de façon progressive, à partir de septembre.
Cette décision avait d’ailleurs suscité des manifestations. Des syndicats étudiants avaient protesté contre la hausse des droits pour les étudiants hors UE, et ils s’inquiètent désormais d’une extension de cette logique aux étudiants français.
Pas de changement avant 2027 : ce qu’a dit le ministre
Le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste a tenu à rassurer lors de la présentation du rapport en conférence de presse. Il a répété qu’il n’y aurait « pas de changement des droits d’inscription l’année prochaine », ce qui exclut toute hausse pour les rentrées 2026 et 2027.
Le rapport reste donc, pour l’instant, une proposition. Il pose un diagnostic et suggère des orientations, mais le gouvernement n’a pas annoncé de décision concrète sur les frais d’inscription à l’université.
De plus, tout changement des droits nationaux devrait tenir compte des contraintes juridiques. Car les diplômes nationaux doivent légalement rester « modiques », une limite posée par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État. Toute réforme devrait donc trouver un équilibre entre la nécessité financière des établissements et ce cadre juridique protecteur pour les étudiants.
Le débat sur les frais d’inscription à l’université ne fait ainsi que commencer. La pression financière sur les établissements est réelle, et le rapport de 117 pages remet ce sujet au coeur de l’agenda politique, avec des chiffres précis qui rendent la discussion difficile à esquiver.