Le protocole sanitaire des écoles sera-t-il efficace? Ce qu'en disent 3 scientifiques

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Le protocole sanitaire des écoles sera-t-il efficace? Ce qu'en disent 3 scientifiques

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Le gouvernement privilégie la a href=fermeture des classes dès le moindre cas de Covid-19 et une jauge réduite dès la quatrième." data-caption="Le gouvernement privilégie la fermeture des classes dès le moindre cas de Covid-19 et une jauge réduite dès la quatrième." data-rich-caption="Le gouvernement privilégie la fermeture des classes dès le moindre cas de Covid-19 et une jauge réduite dès la quatrième." data-credit="LEX VAN LIESHOUT via AFP" data-credit-link-back="" />

ÉCOLES - Une rentrée test. Ce jeudi 22 avril, Jean Castex et Jean-Michel Blanquer ont détaillé le protocole de réouverture des écoles, qui s’appliquera dès le 26 avril, à l’occasion de la rentrée des maternelles et primaires.

Face à une situation sanitaire qui s’améliore très timidement, le gouvernement mise sur un protocole renforcé, privilégiant la fermeture des classes dès le moindre cas de Covid-19, des jauges réduites, le dépistage massif et l’aération des salles de cours. Ces mesures sont-elles suffisantes pour empêcher une reprise épidémique? Le HuffPost a posé la question à plusieurs chercheurs. 

Rentrée précipitée

“Le gouvernement décide de rouvrir de manière précipitée, malgré nos mises en garde. Les indicateurs ne sont pas suffisamment verts”, explique Antoine Flahault, médecin épidémiologiste à Genève et directeur de l’Institut de santé globale.

Un parti pris politique, à contre-courant, “assumé” par le Premier ministre en conférence de presse jeudi soir, malgré les alertes des épidémiologistes sur le nombre de contaminations et des tensions toujours importantes en réanimation. Le présentiel est important pour l’avenir et la santé mentale des écoliers, fait valoir l’exécutif. Libérés de leurs enfants, les parents pourront également travailler dans des conditions plus pérennes, essentielles à la reprise économique. 

Ainsi, le protocole sanitaire des écoles vise surtout à maîtriser le risque de reprise épidémique, alors que les vaccins commencent à peine à faire effet et que des variants plus contagieux menacent. Les espoirs de vie normale pourraient être douchés, si le déconfinement se passe mal.

Or, l’école est un endroit clef dans l’épidémie. Même si la question du degré de contagiosité des plus jeunes fait encore débat, Antoine Flahault souligne que le milieu scolaire est “l’un des derniers réservoirs d’interaction humaine”, quand les magasins, les bars, les salles de sport et la plupart des lieux qui accueillent le public sont fermés. “Un des derniers leviers sur lequel on pouvait agir”, explique l’épidémiologiste. 

“Globalement, les mesures du gouvernement permettent de réduire les risques, mais cela ne va pas forcément suffisamment loin, vu la situation. Il y a des trous dans la raquette. “On est dans un entre-deux, qui risque de se traduire par une efficacité… entre deux”, résume l’épidémiologiste, dans un clin d’œil au “en même temps”, cher au Président de la République. 

Ouvrir les écoles et tester massivement

Le gouvernement opte principalement pour une fermeture systématique des classes, dès le 1er cas détecté. Cette stratégie, adoptée quelques jours avant le confinement, est en rupture avec le protocole gardé par le ministre de l’Éducation pendant des mois. Elle repose donc sur le dépistage massif, essentiellement “dans les départements où l’incidence est la plus élevée”, a précisé Jean Castex.

“C’est une bonne idée de tester régulièrement les enfants. Cela permet d’extraire des enfants porteurs du virus avant même qu’ils ne contaminent le reste de la classe”, estime Antoine Flahault. Le dépistage est effectivement un levier majeur dans la lutte contre le Covid-19, utilisé depuis l’été dernier.

Le protocole intègre désormais les autotests. Disponibles en pharmacie depuis quelques semaines, ils seront distribués aux enseignants et aux élèves de plus de 15 ans. Efficaces dans la lutte contre l’épidémie, selon le dernier avis du Conseil scientifique, ils s’ajouteront aux 400.000 tests salivaires que le gouvernement souhaite déployer à la rentrée. Fin avril, la Haute Autorité de Santé se prononcera sur son utilisation pour les tous petits. Ces tests sont “atraumatiques”, anodins en terme médical. 

Tester est une stratégie judicieuse, mais pas toujours facile à mettre en place. Avant le dernier confinement, Jean Michel Blanquer s’est confronté au manque de personnel pour dépister dans les écoles. Cette fois-ci, le gouvernement affiche un objectif encore plus ambitieux, 600 000 tests hebdomadaires d’ici fin mai.

Pour être efficace, cette stratégie nécessite également de la pédagogie. Dans son dernier avis, le Conseil scientifique souligne l’importance de l’acceptation de cette pratique, et de la bonne formation des enseignants, pour aider les enfants à se tester correctement. Jeudi, un mail contenant des instructions d’utilisation a été envoyé aux directeurs et directrices d’école. 

Toutes fenêtres ouvertes

La rentrée sera également toutes fenêtres ouvertes, annonce Jean-Michel Blanquer : ”Nous encourageons les collectivités pour les capteurs de CO2 et les purificateurs d’air. Nous encourageons aussi les classes en plein air. La saison le permet.” L’air concentré des endroits clos est particulièrement à risque. Sans rien imposer à l’échelle nationale, le ministre met l’accent sur l’aération, principal axe sur lequel l’école peut progresser, car de nombreux gestes barrière sont déjà mis en place (masque dès 6 ans, distance entre les tables).

Le modélisateur des contaminations au CNRS, spécialiste du milieu scolaire, Bertand Maury salue cette prise de conscience, mais pour lui, il faudrait aller plus loin:  “La ventilation est très importante, il faut aérer toutes les 15 minutes pour réduire les risques. Pour maîtriser cette pratique, les capteurs de CO2 sont essentiels. Le gouvernement est un peu timide : qui va acheter les capteurs? Combien seront disponibles?”. 

Un avis partagé par Antoine Flahault : “On aurait pu les rendre obligatoires par exemple. Attendre que chaque classe soit équipée pour rouvrir”. Antoine Flahault et Bertand Maury préconisent en priorité l’acquisition de capteurs de CO2 pour la cantine. Le moment du repas est le point noir de tous les protocoles, car sans masque. Pour l’instant, Jean-Michel Blanquer recommande d’éviter le brassage, en essayant de faire manger ensemble uniquement les élèves d’une même classe et en recommandant aux parents qui le peuvent de venir chercher leurs enfants à la pause déjeuner.

 

L’école dehors, pas sans risques

Le ministre Jean-Michel Blanquer insiste également sur la possibilité de faire classe dehors, sans l’imposer là non plus ni détailler de protocoles spécifiques. “Le risque à l’extérieur est effectivement plus faible, mais les échanges de gouttelettes existent aussi en extérieur. Dehors, les contacts prolongés, sans masque, en face à face, à courte distance sont à proscrire”, détaille le chercheur du CNRS Alexandre Nicolas, spécialiste des contaminations en extérieur à l’institut lumière matière. 

Si globalement, le protocole permet de réduire les chances de contamination à l’échelle individuelle, rouvrir les écoles représente un risque, à l’échelle collective. “En cours de récréation, si l’enfant navigue d’un groupe à l’autre sans masque, le risque de transmission est en réalité faible, car il ne reste pas plus d’une à deux minutes en face des autres élèves. Mais répété pour tous les écoliers, dans toutes les écoles, le risque pour la société est bien plus élevé”, souligne le chercheur. Permettre aux élèves d’étudier, tout en veillant à ce que la société n’en pâtisse pas, c’est tout l’enjeu de cette rentrée. 

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