Booba : l’affaire du Studio 287 qui aurait pu bouleverser sa carrière

Bien avant les clashes sur les réseaux sociaux, les records de streaming ou son statut de poids lourd du rap français, Booba a connu une affaire judiciaire qui aurait pu bouleverser sa carrière. En avril 2002, alors que le rappeur de Lunatic...

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Bien avant les clashes sur les réseaux sociaux, les records de streaming ou son statut de poids lourd du rap français, Booba a connu une affaire judiciaire qui aurait pu bouleverser sa carrière. En avril 2002, alors que le rappeur de Lunatic commence à s’imposer en solo, une soirée au célèbre Studio 287 se termine par une bagarre, des coups de feu et un homme blessé par balle.

L’affaire va conduire Booba jusqu’en détention provisoire pour tentative d’homicide volontaire. Plus d’un an plus tard, le rappeur sera finalement relaxé.

Une soirée hip-hop au Studio 287 qui dégénère

Nous sommes dans la nuit du 12 au 13 avril 2002. Le Studio 287, situé à Aubervilliers et alors associé au chanteur Jean-Luc Lahaye, accueille l’une de ces grandes soirées hip-hop qui rythment la nuit parisienne du début des années 2000.

DJ Cut Killer est notamment présent, tout comme JoeyStarr et plusieurs figures de la scène rap de l’époque. Booba, qui vient de lancer sa carrière solo après Lunatic, se trouve également dans l’établissement.

Vers cinq ou six heures du matin, une altercation éclate. Selon les récits rapportés à l’époque, la petite amie de Booba, prénommée Estelle, aurait été importunée par un jeune homme. Le rappeur intervient et la tension monte rapidement entre plusieurs groupes. La sécurité finit par faire sortir les protagonistes de la discothèque. La bagarre se poursuit alors sur le parking.

Des coups de feu éclatent sur le parking

C’est à l’extérieur que l’affaire prend une tout autre dimension. Plusieurs coups de feu sont tirés. Un jeune homme de 20 ans, Ahmed Sanogo, est touché à l’abdomen par une balle de calibre 6,35 mm.

Dans la confusion, Booba quitte les lieux à bord de sa Mercedes. Détail qui rend immédiatement l’enquête complexe : le véhicule du rappeur porte lui-même plusieurs impacts de balles. Des témoins affirment néanmoins avoir vu Booba tirer. Lui nie catégoriquement avoir été armé.

L’affaire fait rapidement la une de la presse. Deux jours après les faits, ayant appris qu’il est recherché, Booba se présente de lui-même à la police judiciaire. Ce point est important : contrairement à une version parfois racontée depuis, le rappeur n’est pas simplement interpellé au hasard. Il se rend aux enquêteurs et conteste immédiatement être l’auteur des tirs.

Booba est mis en examen et incarcéré

Les 1ères déclarations recueillies par les enquêteurs sont cependant suffisamment graves pour que la justice retienne l’hypothèse d’une implication directe du rappeur.

Le 19 avril 2002, Booba est mis en examen pour tentative d’homicide volontaire et placé en détention provisoire. Il passera environ deux mois derrière les barreaux dans le cadre de cette affaire avant d’être remis en liberté dans l’attente de son procès.

À ce moment-là, sa carrière se trouve dans une situation paradoxale. Après l’aventure Lunatic et Mauvais Œil, il vient de publier Temps mort, son 1er album solo. Booba est en train de devenir l’un des artistes les plus importants de la nouvelle génération du rap français, mais il risque désormais une lourde condamnation.

Une enquête beaucoup moins claire qu’elle n’en avait l’air

Au fil de l’instruction, le dossier devient cependant de plus en plus difficile à lire.

Les agents de sécurité du 287 avaient accusé Booba d’avoir ouvert le feu. Mais sa petite amie donne une autre version et affirme avoir vu un autre homme, portant une casquette, tirer. L’expertise balistique et les différentes déclarations ne permettent pas non plus d’établir simplement le scénario initial.

L’un des principaux témoins à charge est également fragilisé. Lors du procès, il apparaît notamment qu’il connaissait la victime et certains membres du groupe opposé à Booba, alors qu’il avait initialement présenté le rappeur comme un simple client parmi d’autres. Le dossier repose ainsi largement sur des témoignages dont la fiabilité est discutée.

Trois ans de prison requis contre Booba

En septembre 2003, plus d’un an après les faits, Booba comparaît devant le tribunal correctionnel de Bobigny.

Le parquet ne considère toujours pas l’affaire comme anodine : trois ans d’emprisonnement, dont une partie avec sursis, sont requis contre le rappeur. Booba maintient pour sa part la même position qu’au 1er jour : il n’a pas tiré.

Booba est finalement relaxé

Le 4 novembre 2003, le tribunal correctionnel de Bobigny rend finalement sa décision : Booba est relaxé.

La justice ne retient donc pas contre lui les accusations liées aux coups de feu. L’affaire qui, dix-huit mois plus tôt, pouvait potentiellement interrompre sa carrière se termine sans condamnation pour le rappeur.

Cette précision est importante lorsqu’on explique aujourd’hui cet épisode : il n’existe pas, dans les comptes rendus judiciaires de l’époque que nous avons retrouvés, d’élément permettant d’affirmer qu’un mystérieux « accord » aurait été trouvé entre les différentes parties. Booba a été jugé puis relaxé par le tribunal.

Une histoire survenue au moment où tout commençait pour lui

Avec le recul, l’épisode paraît presque irréel tant il intervient tôt dans la carrière de Booba. En 2002, le rappeur n’est pas encore l’artiste capable de remplir les plus grandes salles ou d’accumuler les certifications. Il est l’ancien membre de Lunatic qui vient tout juste de commencer à construire son aventure solo.

Quelques mois après cette affaire, sa trajectoire reprend pourtant son cours. La discographie va s’étoffer, le personnage Booba va devenir l’un des plus commentés du rap français et son influence dépassera largement la génération de Temps mort.

Mais pendant plusieurs mois, une simple soirée au 287 aura placé l’une des carrières les plus importantes de l’histoire du rap français dans une situation particulièrement incertaine.