Le business derrière Ninho : comment le GOAT fait de l’argent ?
Quand on évoque Ninho, les chiffres arrivent presque automatiquement : disques de diamant, centaines de certifications, milliards de streams et deux concerts au Stade de France en mai 2025. Pourtant, pour comprendre le véritable business qui...
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Quand on évoque Ninho, les chiffres arrivent presque automatiquement : disques de diamant, centaines de certifications, milliards de streams et deux concerts au Stade de France en mai 2025. Pourtant, pour comprendre le véritable business qui s’est construit autour du rappeur, il faut regarder bien au-delà de Spotify.
Au fil des années, William Nzobazola a progressivement mis en place un écosystème qui lui permet d’intervenir à plusieurs étapes de la chaîne de valeur de la musique : production phonographique, édition, production d’autres artistes, merchandising, booking et même cinéma. Autrement dit, Ninho ne cherche plus seulement à être celui qui rappe sur le morceau : il cherche aussi à contrôler les structures qui l’exploitent.
Une ambition qui ne date pas d’hier. Dès 2019, alors qu’il vient de sortir Destin, Ninho explique au Parisien : « Ma prochaine étape, c’est de réussir dans la production. » Il vient alors de créer TTR Music, pour « Tiens Tiens Retiens », avec l’objectif affiché de développer d’autres artistes.
De Mal Luné Music à Jefe Productions : reprendre le contrôle de ses propres disques
Pour comprendre le changement, il faut revenir au début de son ascension. Une grande partie du catalogue qui fait exploser Ninho est produite par Mal Luné Music. La structure accompagne le rappeur pendant plusieurs années, jusqu’à Jefe, sorti en 2021. Mal Luné Music présente d’ailleurs officiellement cet album comme le dernier projet de Ninho sorti chez eux.
Mais pratiquement au même moment, Ninho prépare déjà l’étape suivante.
En janvier 2021 est créée Jefe Productions, une société spécialisée notamment dans l’enregistrement sonore et l’édition musicale. Elle est présidée par WN Holding, structure directement liée à William Nzobazola.
Le basculement devient particulièrement visible avec NI en 2023. Dans les données du Centre national de la musique, Jefe Productions apparaît comme « Master Owner » de l’album, tandis que Warner Music France conserve notamment un rôle dans sa distribution.
Même logique avec M.I.L.S 4 en 2026 : les crédits disponibles sur Apple Music font apparaître Jefe Productions au niveau de la production phonographique du projet.
C’est une différence fondamentale.
Ninho n’a pas nécessairement supprimé la major de l’équation. Il a plutôt déplacé sa position dans cette équation : sa propre société intervient désormais directement dans la production de ses masters, tandis qu’un grand groupe comme Warner Music France peut continuer à apporter sa puissance de distribution, de promotion et d’exploitation.
Lorsqu’un artiste détient ou coproduit ses masters, son rapport économique au succès d’un morceau n’est évidemment plus le même que lorsqu’il touche uniquement une rémunération d’interprète. Les pourcentages précis des contrats de Ninho ne sont pas publics, mais l’architecture de ses sociétés montre clairement une volonté de récupérer davantage de valeur autour de son propre catalogue.
Et ce catalogue continue de grossir. M.I.L.S 4 a rapidement obtenu une certification platine, tandis que GOAT, son projet commun avec Niska, associe les structures Jefe Productions et Charo Inc. Les certifications de Ninho peuvent être consultées directement sur le site du SNEP.
TTR : gagner de l’argent quand les autres artistes fonctionnent
Mais Ninho avait commencé à réfléchir comme producteur avant même la création de Jefe Productions.
En mai 2019, il lance TTR, pour « Tiens Tiens Retiens ». La société existe juridiquement sous le nom Tiens Tiens Retiens et exerce notamment dans l’enregistrement sonore et l’édition musicale.
La 1ère signature est particulièrement symbolique : Hös Copperfield, son cousin, celui qui lui avait lui-même fait découvrir le rap.
À l’époque, Hös Copperfield est présenté comme la 1ère signature du label de Ninho. Son développement permet alors au rappeur de passer progressivement de la position d’artiste à celle de producteur capable d’accompagner la carrière d’un autre musicien.
Mais le cas le plus intéressant aujourd’hui reste probablement Gaulois.
Sony Music France présente directement le rappeur comme évoluant sous la tutelle de son ami Ninho. Son énorme single « Jolie », en featuring avec Ninho, est sorti sous les structures La G Corp et Tiens Tiens Retiens, avec une distribution assurée par RCA et Sony Music France.
Cela signifie que lorsque Ninho accompagne le développement d’un artiste via une structure de production, il ne gagne potentiellement plus uniquement grâce à son propre couplet ou à son statut de featuring : sa société peut également participer économiquement à l’exploitation du master, selon les accords conclus entre les différentes parties.
C’est exactement le principe d’un producteur qui commence à construire un catalogue au-delà de sa propre discographie.
Jefe Publishing : aller chercher l’argent de l’édition
Troisième étage : Jefe Publishing.
La société est créée en juin 2023 et se retrouve elle aussi dans l’écosystème de WN Holding. Son activité couvre notamment l’édition musicale, la production phonographique et la production vidéographique.
C’est un élément essentiel du business musical.
Un enregistrement et une composition ne génèrent pas exactement les mêmes droits. Le producteur phonographique exploite le master, tandis que les auteurs, compositeurs et leurs éventuels éditeurs perçoivent des droits liés à l’œuvre elle-même.
Avec une société de publishing, l’écosystème Jefe peut donc intervenir sur une autre partie de la rémunération générée par la musique : l’édition des œuvres et les droits attachés aux compositions qu’elle représente.
Encore une fois, il serait trompeur d’attribuer à Ninho un montant précis : le détail de ses contrats d’édition n’est pas public. Mais la stratégie est lisible : production du master d’un côté, publishing de l’autre.
Le live : Jefe Booking complète le dispositif
Un rappeur de la taille de Ninho ne vit évidemment pas uniquement du streaming.
En 2025, il réalise deux concerts au Stade de France, les 2 et 3 mai. La 1ère date rencontre un succès stupéfiant, entraînant l’ouverture d’une seconde soirée. Le Stade de France annonçait environ 80 000 spectateurs attendus pour le concert du 3 mai.
Impossible pour autant de transformer 80 000 billets en « bénéfice de Ninho » par une simple multiplication : location du stade, production du spectacle, équipes, sécurité, technique, promoteurs, fiscalité et nombreux intermédiaires doivent être pris en compte.
Mais un autre élément devient particulièrement intéressant lorsqu’on observe ses sociétés : Jefe Booking existe depuis 2022.
Son activité couvre notamment le placement et la programmation d’artistes, la mise en relation avec des organisateurs de spectacles, la recherche de contrats et certaines opérations commerciales autour des artistes.
On retrouve donc encore le même principe : internaliser progressivement des métiers qui, traditionnellement, restent à l’extérieur de l’artiste.
Jefe Shop : monétiser le nom Ninho au-delà de la musique
Il y a également Jefe Shop, créée en 2022 et intégrée à l’écosystème entrepreneurial du rappeur.
Son objet social couvre la conception et la commercialisation de produits dérivés ainsi que l’exploitation commerciale du nom, du surnom ou de l’image des artistes sur différentes catégories de produits.
Autrement dit, le merchandising n’est pas simplement un T-shirt imprimé à l’occasion d’une tournée. Une société entière a été créée pour exploiter cette branche commerciale.
Là encore, les données publiques ne permettent pas nécessairement de connaître précisément le chiffre d’affaires généré par cette activité. Mais son existence démontre la logique d’ensemble : lorsqu’une marque comme Ninho attire plusieurs générations de fans, son nom devient lui-même un actif commercial.
Jefe Films : préparer l’après-musique ?
Le rappeur semble avoir envisagé très tôt une diversification encore plus large.
En 2019, il confiait déjà au Parisien son envie de se lancer dans la production et évoquait également d’autres horizons créatifs, notamment autour du cinéma.
Quelques années plus tard naît Jefe Films.
La société, créée en 2023, possède un objet couvrant notamment la production, la distribution et l’exploitation d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles.
Il faut néanmoins être précis : la création de la société ne signifie pas qu’elle génère déjà des revenus importants. Il serait donc prématuré de causer d’un véritable « empire du cinéma ».
Mais la structure existe.
Et surtout, elle correspond à la volonté de diversification exprimée par Ninho plusieurs années auparavant.
WN Holding : la partie invisible de l’empire Jefe
Derrière plusieurs de ces sociétés se trouve finalement une même pièce centrale : WN Holding.
Créée à la fin de l’année 2020, la société est directement liée à William Nzobazola. Elle apparaît au sommet de plusieurs structures de l’écosystème Jefe, notamment Jefe Productions, Jefe Publishing, Jefe Shop et Jefe Films.
On comprend alors beaucoup mieux la stratégie.
Ninho a progressivement construit plusieurs sociétés spécialisées plutôt qu’une seule structure chargée de tout gérer :
- TTR pour produire et développer d’autres artistes ;
- Jefe Productions pour intervenir dans la production phonographique et les masters ;
- Jefe Publishing pour l’édition musicale ;
- Jefe Booking pour le spectacle et les contrats liés au live ;
- Jefe Shop pour le merchandising et les produits dérivés ;
- Jefe Films pour le cinéma et l’audiovisuel ;
- et WN Holding pour structurer une grande partie de cet ensemble.
Ce n’est plus seulement une carrière de rappeur. C’est une véritable architecture d’entreprise construite autour d’une carrière artistique.
Alors, combien gagne réellement Ninho ?
C’est précisément la question à laquelle il serait malhonnête de donner un chiffre définitif.
Les revenus personnels de Ninho ne sont pas publics et plusieurs sociétés peuvent bénéficier de la confidentialité de leurs comptes ou ne pas publier suffisamment de données pour reconstituer précisément les sommes qui remontent jusqu’à l’artiste. Les estimations de « fortune de Ninho » que l’on retrouve sur certains sites doivent donc être prises avec beaucoup de précautions.
En revanche, on peut désormais répondre à une autre question : d’où peut venir son argent ?
Des streams et des ventes de ses propres disques, bien sûr. Mais également de sa position de producteur phonographique sur ses projets récents, de ses droits d’auteur et d’édition selon les œuvres, de la production d’autres artistes, des concerts, du booking, du merchandising et, potentiellement demain, du cinéma.
C’est peut-être là que se trouve la principale évolution de Ninho.
Au début de sa carrière, il était l’artiste développé par Mal Luné Music et distribué avec l’appui d’une major. Dix ans plus tard, les grands groupes sont toujours présents autour de sa musique, mais Ninho possède désormais ses propres structures à presque tous les étages du business.
Le véritable « Jefe » n’est donc peut-être plus seulement celui qui vend le plus de disques.
C’est celui qui a compris qu’après avoir créé les hits, l’étape suivante consistait à posséder une partie de la machine qui les transforme en argent.