Himra et Gazo réunis sur “Strip” : la drill ivoirienne à la conquête de la France

Himra s’impose aujourd’hui comme l’un des visages les plus exposés de la nouvelle scène rap ivoirienne en France. Fer de lance de la drill en Côte d’Ivoire, il a progressivement transformé son succès local en véritable phénomène régional, avant...

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Himra s’impose aujourd’hui comme l’un des visages les plus exposés de la nouvelle scène rap ivoirienne en France. Fer de lance de la drill en Côte d’Ivoire, il a progressivement transformé son succès local en véritable phénomène régional, avant de s’attaquer au marché français. Son album Jeune & Riche, certifié triple disque de platine dans son pays, a joué un rôle déterminant dans cette ascension. En 2025, il est même devenu le rappeur ivoirien le plus streamé en France. Une performance majeure, dans le sillage d’une longue tradition d’artistes ivoiriens ayant réussi à s’imposer dans l’Hexagone, de Magic System à Alpha Blondy en passant par Tiken Jah Fakoly.

Invité face à Juliette Fievet dans l’émission Légendes Urbaines, Himra est notamment revenu sur la place déterminante de la drill dans son parcours. Avant de trouver cette direction artistique, son entourage lui conseillait parfois de se tourner vers des morceaux plus ouverts et plus accessibles. La découverte de la drill agit pourtant comme un électrochoc : le rappeur explique avoir retrouvé les sensations qui l’animaient lorsqu’il avait commencé à rapper. Il cite notamment La Fouine et le morceau “Reste en chien”, mais aussi Booba, parmi les références qui ont nourri son rapport au rap. Pour lui, la drill représente avant tout un retour à une forme plus brute, plus directe et profondément street de la musique.

Avec son dernier projet, Sorry I’m Bad, Himra confirme que son développement en France ne relève plus de l’anecdote. Le disque s’est écoulé à plus de 3 000 exemplaires dès sa 1ère semaine d’exploitation sur le marché français, un démarrage significatif pour un artiste encore en pleine installation dans l’Hexagone. À titre de comparaison, certains artistes américains pourtant largement exposés médiatiquement peinent parfois à atteindre de tels chiffres en France. Pour prolonger cette dynamique, Himra dévoile désormais le clip de Strip, en collaboration avec Gazo.

Le choix de Gazo apparaît particulièrement cohérent. Révélé grâce à sa série de freestyles DRILL FR, le rappeur parisien a largement contribué à populariser la drill auprès du grand public français. Depuis cette période, son univers s’est toutefois considérablement élargi. Lui qui déclarait après son 1er projet “Je promets de faire un son non-drill dans mon prochain opus” a depuis multiplié les incursions vers des sonorités plus mélodiques, notamment aux côtés de Tiakola, avec lequel il a livré un projet résolument plus lumineux. Aujourd’hui, Gazo navigue ainsi entre morceaux street, productions drill et compositions plus ouvertes.

En réunissant Himra et Gazo sur Strip, le morceau met donc face à face deux artistes qui, à leur échelle respective, ont participé à installer la drill dans leurs scènes nationales. Une rencontre presque naturelle entre l’une des figures majeures de la drill ivoirienne et l’un de ses représentants les plus populaires en France.

Selon les crédits de Genius, la production instrumentale de Strip est signée Ofzecross, Kimo Beats et Leolandz. Ofzecross avait notamment signé les deux 1ers volets du freestyle Murder de GLK. Il a également participé à la production de R.I.P, réunissant Landy, R2 et Genezio, aux côtés de Leoland. De son côté, Kimo Beats a récemment travaillé sur un titre réunissant Mous-K et PLK.

La production surprend d’ailleurs par son équilibre. Pour une collaboration réunissant deux têtes d’affiche de la drill, Strip évite la surenchère sonore. Un sample de piano relativement doux installe une atmosphère presque mélancolique, tandis qu’une rythmique plus sèche et plus lourde vient rappeler les fondamentaux du genre. Ce contraste accompagne parfaitement les deux artistes, qui utilisent le morceau pour évoquer leur réussite, leur ascension et la position qu’ils occupent désormais dans leurs scènes respectives.

Derrière les gimmicks et l’efficacité immédiate du morceau, Himra soigne également plusieurs images, à commencer par cette ouverture particulièrement évocatrice :

“Bae, j’te fais l’amour sous ma haine (rah), j’suis plein d’adrénaline, rouge comme le Bayern (gang).”

Plus loin, il poursuit dans le même registre :

“Ici, y a que Dieu pour me pardonner, jamais d’la vie, moi, j’vais abandonner.
Ils sont à mes pieds comme un cordonnier, marasse est gérée et coordonnée.”

Cette attention portée à l’écriture n’est d’ailleurs pas anodine. Au cours de son entretien avec Juliette Fievet, Himra insiste sur l’importance des textes tout en défendant une conception très précise du hit. Selon lui, un banger destiné au grand public doit conserver une forme de simplicité : une idée immédiate, des phrases capables d’être comprises rapidement et des formules suffisamment fortes pour rester en tête. Cela ne l’empêche pas d’aller vers des morceaux plus techniques ou plus complexes, mais il considère que ces titres répondent généralement à une autre logique que celle du hit populaire.

La réalisation du clip a été confiée à itsawrap. Dans une ambiance volontairement obscure, le réalisateur enferme Gazo et Himra dans un salon tamisé, entourés de vixens, avec une esthétique nocturne qui prolonge parfaitement l’atmosphère du morceau. Le metteur en scène s’est récemment illustré derrière les clips de J’en cause de Beendo Z et surtout de Titi Parisien 2 de Seth Gueko, une réalisation qui avait largement alimenté les discussions lors de sa sortie.

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