20 millions d'injections pour quelle protection? "L'échec vaccinal" en questions

SCIENCE - C’est un seuil avant tout symbolique que la France vient de franchir dans sa lutte contre l’épidémie de Covid-19. Plus de 20 millions d’injections de vaccins ont été réalisées en France, a annoncé le ministère de la Santé ce mardi...

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Un couple arrive devant un centre de vaccination contre le Covid-19 (photo d'illustration)

SCIENCE - C’est un seuil avant tout symbolique que la France vient de franchir dans sa lutte contre l’épidémie de Covid-19. Plus de 20 millions d’injections de vaccins ont été réalisées en France, a annoncé le ministère de la Santé ce mardi 27 avril: 20.458.615 doses précisément ont été injectées depuis le 27 décembre dernier. Une étape importante qui montre que la campagne de vaccination suit son cours, avec un surplus de doses de Pfizer qui devrait permettre d’amplifier le rythme dans les semaines à venir.

Mais ce chiffre reste symbolique car pour qu’un vaccin soit pleinement efficace, il faut attendre la réponse du système immunitaire, plusieurs jours après l’injection de la seconde dose (sauf pour le vaccin unidose de Johnson&Johnson). Or, si 14 millions de personnes ont déjà reçu une dose, seules 5,6 millions ont pu bénéficier de la deuxième pour le moment.

La route est encore longue, mais nous sommes sur la bonne voie. Pour autant, de récents cas de personnes infectées par le coronavirus après avoir été entièrement vaccinées interrogent. Deux personnes sont ainsi décédées en Guyane du Covid-19 alors qu’elles avaient reçu leur deuxième dose de Pfizer il y a plus de 14 jours. Un foyer a également été détecté dans une maison de retraite américaine alors que les résidents étaient à 90% vaccinés.

Si ces cas doivent être suivis avec une attention importante par les autorités de santé, il ne faut en aucun cas croire qu’ils remettent dès aujourd’hui en question l’utilité du vaccin, même face à de possibles variants. C’est peut-être même tout le contraire.

Aucun vaccin n’est efficace à 100%

Le vaccin permet de stimuler le système immunitaire d’une personne afin qu’il sache répondre efficacement le jour où la maladie le touche réellement. Plus le système immunitaire aura appris, plus le vaccin sera efficace. Mais aucun ne fonctionne à 100%, sans que l’on sache trop pourquoi.

Pour les deux décès de vaccinés en Guyane, difficile de savoir quelle est la cause. “Ils ont peut-être des problèmes de système immunitaire en général, ou peut-être que la défense immunitaire induite par le vaccin n’était pas encore assez développée?”, énumère Morgane Bomsel, spécialiste en virologie à l’Institut Cochin interrogée par Le HuffPost.

Cela arrive avec tous les vaccins, tout le temps. Mais la bonne nouvelle, c’est que les vaccins développés contre le Covid-19 en un temps record sont extrêmement efficaces. Dans une étude publiée le 15 avril dans la revue de référence New England Journal of Medicine, les chercheurs ont mesuré l’efficacité du vaccin à ARN messager de Pfizer/Biontech dans le monde réel, en Israël. Ils ont comparé l’évolution de l’état de santé de 600.000 personnes vaccinées contre 600.000 non vaccinées.

Même après deux doses, l’efficacité n’est pas de 100%. Mais elle est gigantesque. En comparant les deux groupes, on voit que les vaccinés ont environ 90% moins de chance de contracter le virus. Ce qui veut dire qu’il y a toujours des cas, mais qu’ils sont très rares. Aux États-Unis, 7171 cas d’infection au Covid-19 ont été recensés sur les 87 millions de personnes vaccinées.

Il est possible que l’efficacité des vaccins baisse dans le temps. C’est un phénomène classique car le corps oublie petit à petit l’infection et le système immunitaire devient moins efficace face à cette maladie. Par exemple, le risque d’attraper les oreillons alors qu’on est vacciné augmente avec le temps: 10 à 27% de risque en plus par an après l’injection du vaccin (en démarrant avec un risque très, très faible encore une fois).

Une efficacité contre les variants ?

Si elle finira par se poser, cette question n’est pas encore à l’ordre du jour avec le Covid-19. La vraie crainte à court et moyen terme, c’est que ces données changent dans les mois à venir avec la multiplication de variants qui pourraient échapper à une partie de la réponse de notre système immunitaire. 501Y_V2 et V3, les variants “sud-africain” et “brésilien”, font partie des plus surveillés aujourd’hui.

Pour les deux décès en Guyane, où V3 représente 84% des contaminations, “c’est la question importante: est-ce que ces échecs vaccinaux sont dus à une réponse immunitaire qui n’a pas fonctionné, ou ont-elles été infectées malgré une bonne réponse immunitaire? Auquel cas, cela pourrait être dû à un variant”, explique Morgane Bomsel.

C’est notamment pour cela qu’un séquençage du génome du coronavirus à l’origine de la maladie a été réclamé par Santé publique France. “En cas d’échec vaccinal, nous demandons une analyse sérologique pour analyser le niveau d’anticorps et, si possible, un séquençage pour vérifier si des mutations particulières pourraient expliquer cet échec”, explique au HuffPost le docteur Bruno Coignard, directeur des maladies infectieuses à Santé publique France. Mais il est trop tôt pour s’inquiéter de ces possibles variants à l’échelle individuelle. Aujourd’hui, le variant dominant en France métropolitaine est 501Y_V1, dit “britannique”. Et celui-ci ne semble opposer aucune résistance face aux vaccins actuels.

Et il ne faut pas non plus croire qu’une mutation du coronavirus rendra totalement inefficaces les vaccins actuels. Le foyer épidémique découvert dans une maison de retraite vaccinée en est un bon exemple, car le coronavirus était d’un genre inconnu et disposait de certaines des mutations les plus scrutées par les chercheurs, car suspectées de permettre un échappement immunitaire.

Et effectivement, sur les 71 personnes vaccinées, 18 ont été infectées, 6 avec symptômes, 2 avec hospitalisation et un décès est à déplorer. Mais le bilan est bien pire du côté des 8 résidents de l’ehpad non vaccinés: 6 ont été infectés, 5 ont été symptomatiques, 4 hospitalisés et deux sont morts. En clair, 2,8% des résidents vaccinés de l’Ehpad ont dû être hospitalisés contre 50% des non-vaccinés. 

Les échantillons sont faibles, la marge d’erreur est donc importante. Mais dans le même temps, on sait que la promiscuité des maisons de retraite facilite grandement les contaminations. Ces données très limitées vont dans le sens de ce que répètent beaucoup d’immunologistes depuis des mois: si le risque d’une baisse d’efficacité des vaccins face à des mutations est réel, il ne faut pas croire que les vaccins seront inefficaces du jour au lendemain. À défaut d’être une solution miracle, ils continuent d’être notre meilleure arme face à la pandémie.

À voir également sur Le HuffPost: Des vaccins à 90% efficaces, ce que ça veut dire...et surtout pas dire