Passi : de Ministère A.M.E.R. à Bande originale, un pionnier du rap français
Passi fait partie des fondateurs du rap français. Le contexte, à la fin des années 90, était très différent. Le « rap », et non pas la « musique urbaine », était loin d’être le genre préféré des Français. Les rappeurs accueillaient également...
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Passi fait partie des fondateurs du rap français. Le contexte, à la fin des années 90, était très différent. Le « rap », et non pas la « musique urbaine », était loin d’être le genre préféré des Français. Les rappeurs accueillaient également toute forme de « mélo » avec beaucoup de réticence, voire avec une certaine virulence. Rohff déclarait dans le morceau On fait les choses : « La vague R’n’B, je la ferais mieux chanter dans sa chambre. » Encore aujourd’hui, quand on voit la polémique qui a opposé Booba au journaliste Mehdi Maïzi, accusé de trahir le rap dans ses choix éditoriaux, on sait que le rap pur et dur peut être récalcitrant à la « mélo » en général… Passi a été l’un des précurseurs dans ce domaine.
Avec son album Les Tentations, qui s’est écoulé à au moins 450 000 exemplaires, voire 500 000 selon certaines biographies, et des titres comme Je zappe et je mate ou encore Le maton me guette, l’artiste tente aussi bien de grands storytellings qu’une vulgarisation d’un rap qui, à l’époque, pouvait encore être considéré comme trop technique ou de niche. Avec Il fait chaud, l’artiste introduit définitivement la « mélo ». Avec le collectif Bisso Na Bisso, Passi et ses acolytes forment également l’une des 1ères aventures mêlant musique afro et rap. MHD, bien des années plus tard, atteindra les sommets avec l’Afro Trap, tandis qu’aujourd’hui, les liens musicaux entre le continent africain et la France sont devenus comme des artères irriguant un même cœur.
Passi a aussi été l’un des 1ers rappeurs à collaborer avec des artistes issus du rock ou de la chanson française, comme Calogero avec Face à la mer ou Johnny Hallyday avec Le temps passe. Il s’exprimait récemment à ce sujet dans une entrevue accordée à 16 Mesures :
« Même si je viens d’un groupe très hardcore qu’est le Ministère A.M.E.R., j’ai grandi en écoutant de la variété française qui fait partie de la souche de la musique francophone, donc avec des Brel, Brassens, Piaf ou encore Hallyday. Tu grandis en étant touché par des morceaux de Goldman. Étant très inspiré des US, j’ai adoré des ponts musicaux comme Run DMC et Aerosmith. J’avais 14/15 ans, j’avais pris ma claque et je m’étais dit qu’un jour je bosserais avec un artiste rock ou pop.
Je découvre Calogero avec son 1er groupe, Les Charts, et j’ai suivi ce qu’il faisait en solo ensuite. J’adore ses mélodies, il m’avait attrapé avec En apesanteur, je le trouvais extrêmement fort. À cette époque, quand on était en promo, on pouvait se croiser sur des plateaux TV ou des émissions de radio. Avec Calo, le courant était super bien passé et on s’est sincèrement bien appréciés.
On cause de faire ce morceau et il me fait écouter les notes de ce qui deviendra Face à la mer. J’étais choqué, c’est le type de morceau que j’aurais samplé pour en faire un autre (rires). On discute du thème et rapidement, on se base sur nos histoires, lui d’origine italienne qui a grandi dans la banlieue grenobloise, moi d’origine africaine, qui ai grandi dans la banlieue parisienne.
Deux endroits différents, mais basés sur les mêmes histoires : celle de nos parents qui ont voyagé pour avoir une meilleure vie, avec cette envie de faire quelque chose pour finir face à la mer. »
Car la street credibility, Passi l’a acquise dès ses débuts, notamment avec le titre Sacrifice de poulet avec le Ministère A.M.E.R., à l’origine de l’une des 1ères grandes polémiques françaises entre le rap et la police.
Aujourd’hui, dans le dernier carré des titres les plus écoutés, on trouve beaucoup de rappeurs, mais encore plus de « mélo ». Et tandis que Kery James, parrain absolu du rap français, déclarait encore il y a quelques années : « Le rap a changé », Oxmo Puccino n’hésite pas aujourd’hui à dire « qu’il est mort ». C’est assez paradoxal : alors que le rap est passé du statut de musique de niche à celui de genre parmi les plus populaires en France, il a, dans le même temps, perdu une part de sa substance pour devenir un produit désormais fréquentable pour les maisons de disques et le grand public.
Passi a dévoilé son projet Bande originale, son dernier en date, qui porte toujours les germes de cette rébellion qui anime le rap français depuis la fin des années 80, avec des posse cuts légendaires comme Les Saigneurs du mic ou encore ce titre, Mon cœur, dont il vient de dévoiler le visuel.
Passi intimiste avec « Mon cœur », le dernier extrait de Bande originale
La composition instrumentale du morceau est signée Yoroglyphe. Le compositeur a beaucoup collaboré avec Seth Gueko, notamment sur les titres Gros gamin ou encore Versace Guevara. Il est surtout l’un des beatmakers ayant participé à l’explosion de Niska avec le titre Matuidi Charo (Freestyle PSG), devenu pendant un temps un hymne associé au Paris Saint-Germain, et dont la gimmick a surtout été reprise par le joueur lui-même sur le terrain.
La composition, loin de la trap de Matuidi Charo, mêle une sirène un peu à l’ancienne à un BPM assez lent, signe que le rappeur effectue sur ce titre un retour aux sources. Passi cause de ses ressentis en toute intimité, en entrant dans les détails. Ce n’est pas vraiment un storytelling : c’est plutôt la posture d’un homme sage. Demi Portion avait déclaré : « Un jeune debout ne verra jamais aussi bien qu’un vieux assis. »
« Des nuits d’hiver, santé en cendres
Premier revers, c’est c’qu’on ressent au 1er décès (cœur)
Tout va si vite de l’intérieur à la tête
Ça passe par les artères, par les veines
Tel le sang qui fait battre mon (battre mon) (cœur) »
Comme sur Vol au-dessus, la chronique d’actualité de Passi, dont l’intitulé fait référence au film avec Jack Nicholson, la mise en scène est signée Flogo. Il s’agit d’une réalisation assez classique pour ce genre de titre, qui reprend les coulisses de la vie de Passi et de sa fast life. Flogo a également collaboré avec Tuta, rappeur indépendant.