Vaccinés mais contaminés par un variant: le cas d'école d'une maison de retraite américaine

SCIENCE - C’est le genre d’expérience grandeur réelle dont on aimerait se passer, mais qui pourrait faire date. Aux États-Unis, une épidémie de Covid-19 s’est déclarée dans une maison de retraite en mars. Jusque-là, rien, malheureusement, d’exceptionnel...

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Alors que les résidents étaient à 90% vaccinés, un foyer de Covid-19 s'est déclaré dans une maison de retraite du Kentucky.

SCIENCE - C’est le genre d’expérience grandeur réelle dont on aimerait se passer, mais qui pourrait faire date. Aux États-Unis, une épidémie de Covid-19 s’est déclarée dans une maison de retraite en mars. Jusque-là, rien, malheureusement, d’exceptionnel dans notre monde pandémique.

Sauf que 90% des résidents étaient vaccinés avec le vaccin Pfizer/Biontech. Et que le coronavirus en question est un variant encore inconnu jusqu’alors, rapporte le Centre de contrôle des maladies américain (CDC) ce mercredi 21 avril.

De quoi faire peur évidemment, alors que les récentes et multiples mutations du Sars-Cov2 font craindre un échappement immunitaire et une pandémie qui n’en finirait pas malgré une vaccination massive. Mais il faut lire en détail l’étude pour comprendre que les choses sont plus complexes et, paradoxalement, plutôt porteuses d’espoir.

“C’est une *très* bonne nouvelle”, ose même sur Twitter Bill Hanage, professeur de santé publique à l’université d’Harvard. Voici pourquoi.

Des vaccinés (bien moins) contaminés

Dans une maison de retraite du Kentucky, les vaccinations vont bon train depuis le début de l’année. Fin février, la quasi-totalité des 83 résidents (90%) sont vaccinés. Du côté des soignants, le chiffre est moindre, mais déjà respectable: 52%.

C’est le 1er mars que le malheur arrive. Un des soignants est atteint par le coronavirus, c’est le patient zéro de cet Ehpad. Il était non vacciné. “Cela rappelle pourquoi nous devons vacciner notre entourage, pas juste nous-même”, estime sur Twitter l’épidémiologiste Céline Gounder.

Dans l’établissement, les tests antigéniques hebdomadaires deviennent quotidiens. Le foyer grandit très vite. Avant qu’il ne s’éteigne, 26 personnes âgées et 20 soignants seront touchés par le coronavirus. Parmi ces infectés, 18 résidants et 4 soignants étaient entièrement vaccinés (deux doses depuis plus de 14 jours).

La preuve que les vaccins ne marchent pas? Au contraire. Si l’on regarde le pourcentage de personnes touchées chez les vaccinés et les non-vaccinés, on se rend compte que “les résidents et les soignants non vaccinés avaient 3 et 4,1 fois plus de risque d’être infectés que les vaccinés”, explique le CDC.

Et il y a mieux. Chez les vaccinés, la proportion d’asymptomatique est bien plus élevée. Après calculs, “le vaccin protège à 86,5% contre la maladie symptomatique chez les résidents et à 87,1% chez les soignants”, détaille l’étude.

En clair: oui, il est possible d’être infecté alors qu’on a été vacciné. Cela, on le savait déjà, car les vaccins ne sont jamais efficaces à 100%. Le risque de développer le Covid-19, d’être hospitalisé et de mourir est, en revanche, plus faible.

Sur 8 résidents non vaccinés, 6 ont été infectés, 5 ont été symptomatiques, 4 hospitalisés et deux sont morts. Chez les 71 vaccinés, 18 ont été infectés, 6 avec symptômes, 2 avec hospitalisation et un décès sont à déplorer. En clair, 2,8% des résidents vaccinés de l’Ehpad ont dû être hospitalisés contre 50% des non-vaccinés.

Les échantillons sont faibles, la marge d’erreur est donc importante. Mais dans le même temps, on sait que la promiscuité des maisons de retraite facilite grandement les contaminations.

Efficacité face aux variants

Ces résultats sont surtout intéressants quand on regarde plus précisément le coronavirus en question. Après analyse du génome, il s’avère que ce variant ne fait pas partie de ceux les plus surveillés, comme 501Y_V1, V2 et V3 (anglais, sud-africain et brésilien). Mais il comporte la plupart des mutations problématiques, notamment E484K, qui font craindre une moindre efficacité des anticorps. Et donc, des vaccins.

Quatre réinfections de personnes ayant déjà contracté le coronavirus ont d’ailleurs été détectées. Et le nombre tout de même important d’infections chez les vaccinés vient appuyer “les préoccupations concernant une immunité protectrice réduite potentielle”, rapporte la CDC. Mais cette étude montre également qu’il est peu probable que les vaccins à ARNm, tels Pfizer/Biontech ou Moderna, ne soient plus du tout efficaces face à ces variants inquiétants.

Il convient également de noter que, variant ou non, une infection au coronavirus est possible chez les vaccinés (ce dont les chercheurs se doutent depuis le début). Dans une autre étude dévoilée par la CDC le 21 avril, une analyse sur des maisons de retraite de Chicago a été réalisée. Sur 75 établissements, 627 infections au coronavirus ont été détectées. Dans 71% des cas, la personne n’était pas vaccinée. Dans 23% des cas, elle n’avait reçu qu’une dose.

Seules 22 personnes (4%) ont été infectées alors qu’elles avaient eu leurs deux doses depuis plus de 14 jours. Parmi celles-ci, 64% ont développé une forme asymptomatique.

Il faudra évidemment continuer de surveiller l’évolution du Covid-19 et de ses mutations. Et plus l’épidémie sera jugulée, plus le risque d’un échappement immunitaire via de nouvelles mutations diminuera. Il faudra également continuer de vérifier l’efficacité des vaccins pour bloquer la transmission, même asymptomatique.

Mais il faut aussi voir le bon côté des choses. Les vaccins fonctionnent. Et s’ils sont peut-être moins efficaces contre les variants, ils fonctionnent tout de même. Le vaccin n’est pas la clé ultime de la pandémie, mais c’est la meilleure arme de notre arsenal aujourd’hui.

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