TH invite OldPee sur le remix glacial d’« Audi RS »

Depuis ses débuts, TH cultive une aura singulière. Au cœur de son identité musicale se trouve l’E-TRAP, une esthétique développée très tôt dans son parcours. Le rappeur s’empare des codes de la trap popularisée à Atlanta par des artistes comme...

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Depuis ses débuts, TH cultive une aura singulière. Au cœur de son identité musicale se trouve l’E-TRAP, une esthétique développée très tôt dans son parcours. Le rappeur s’empare des codes de la trap popularisée à Atlanta par des artistes comme Gucci Mane, puis les dépouille jusqu’à l’os. Il en tire une musique plus froide, mécanique et futuriste, traversée par quelques glitchs, des nappes synthétiques et des silences presque aussi importants que les notes. Cette proposition lui vaut d’abord d’être cité par Booska-P parmi les artistes les plus prometteurs de Bondy, avant que Les Inrockuptibles ne lui consacrent un portrait particulièrement élogieux : « La musique de TH est un accélérateur à particules, une turbine à produire des précipités de punchlines et d’images. »

Né à Fort-de-France et élevé à Bondy, TH pousse le minimalisme dans ses derniers retranchements. Sous cette froideur apparente se déploie pourtant un véritable travail sur les textures, les ruptures et les atmosphères. Sa musique ne cherche pas à remplir l’espace : elle l’organise, le creuse et transforme chaque son en élément de tension.

Le 23 février 2023, bien avant la sortie d’E-TRAP, son 1er projet d’envergure, TH dévoile « Audi RS ». Le morceau contient déjà les fondations de l’univers qu’il développera par la suite. Sur une production glaciale composée par Jay-Jay, quelques notes éparses accompagnent une succession de mots, d’objets et d’images évoquant les différentes étapes du trafic de drogue. Plus qu’un récit traditionnel, « Audi RS » fonctionne comme une chaîne de montage clandestine : une mécanique sèche, répétitive et dangereusement hypnotique. Rétrospectivement, le titre apparaît comme l’un des 1ers prototypes de l’E-TRAP.

Trois ans plus tard, TH offre une nouvelle vie au morceau en conviant OldPee sur son remix. Le choix du rappeur sevranais, membre historique de 13 Block, ne doit rien au hasard. Son phrasé lourd, son expérience du rap de rue et sa capacité à évoluer sur des productions dépouillées prolongent naturellement l’univers de TH. À leur manière, 13 Block, TH et quelques autres figures de la scène française perpétuent cette créativité brute autrefois indissociable du gangsta rap américain : celle qui permet de faire naître un langage, une esthétique et parfois même un genre à partir du bitume.

TH invite OldPee dans la mécanique glaciale d’« Audi RS »

La composition instrumentale du titre est une nouvelle fois signée Jay-Jay. Déjà sollicité par Freeze Corleone et Alpha Wann, le producteur occupe une place importante dans la galaxie musicale de TH. Il a notamment composé « Isuzu », collaboration entre TH et Alpha Wann, ainsi que « Chemin long » pour Stavo, partenaire d’OldPee au sein de 13 Block.

Aussi à l’aise avec la drill qu’avec l’E-TRAP, Jay-Jay livre ici une production réduite à sa structure la plus élémentaire. La musique avance par pulsations, laissant les voix occuper presque tout l’espace. Dans ce déluge d’énumérations, certaines punchlines surgissent brutalement, comme si elles s’échappaient d’un inventaire récité à toute vitesse. La trap est ramenée à son essence : une rythmique, une tension et une voix. Ce dépouillement offre à TH le terrain idéal pour placer quelques éclairs d’écriture :

« Le pour et l’contre : j’ai pas l’temps d’le peser
L’important, c’est pas l’amour, c’est faire du biff
Y en a assez dans l’chargeur pour tirer au pif »

Réalisé par Styco, le clip prolonge cette esthétique sans chercher à l’embellir. Sombre, frontal et minimaliste, le visuel adopte les codes du street clip pour accompagner cette chronique nocturne de l’économie souterraine. Ici, aucune mise en scène stupéfiant : le décor, les silhouettes et l’obscurité suffisent à installer la menace. Le rap de rue trouve ainsi son équivalent visuel, brut et sans détour. Styco connaissait déjà l’univers d’OldPee, puisqu’il avait précédemment réalisé le clip d’« A1 A3 Part. 3 ».

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